Trés belle soirée musicale a la citerne portugaise

D’après l’adage marocain, une agréable journée est toujours pressentie dés les premières heures de sa matinée. Et effectivement, en franchissant le seuil de la citerne portugaise ce soir là, nous avons été de suite, comme arrachés d’un coup à notre univers dominé par ce Moi Conscient, pour un monde s’apparentant plus au Subconscient.

Il y avait cet étrange sensation d’être, comme happé par la magie des lieux, par ce monument si chargé d’histoire et qui allie à merveille l’envoûtement au mystère, l’irrésistible beauté à la simplicité des traits.
L’éclairage tamisé qui constituait en cette soirée l’unique ornement des lieux était comme fondu dans l’ensemble. On aurait dit des torches éclairant cette citerne lors d’une Agora, il y a des siècles … il y a une éternité.
Cet éclairage, au vu des couleurs musicales proposées ce soir là, ajoutait un charme et une touche supplémentaire si particuliers et qui ont versé, dans cet alchimie voire d’ osmose entre les artistes et le public présent.

LE GROUPE INJAZZ TRIO

En début de soirée pour ne pas parler de lever de rideau ; tant la classe des premiers n’avait rien à envier aux seconds ; le public a eu droit au groupe Injazz Trio. Trois jeunes guitaristes de Casablanca : Yacine le rasta du groupe (contre basse). Rédouane (guitare sèche) un garçon très réservé en privé mais véritable bête sur scène et Rachid, leader du groupe et grand virtuose de la guitare que le grand public ne tardera pas à découvrir.
La musique d’Injazz Trio se particularise par l’absence de percussions et de cuivres .Seules deux guitares et une contre basse suffisent pour imposer le rythme. Ce style s’apparente au Jazz manouche ; un Jazz qui a vu le jour en France vers les années 1930. C’est un style qui est inspiré à sa base par la musique Tzigane orientale..
La musique de ces trois Casablancais se particularise aussi par l’emprunt qu’ils opèrent dans les multiples univers qu’ils côtoient au quotidien.
Leur technique de jeu assez extraordinaire, leur permet d’être aussi à l’aise pour entonner une Balalaïka, à la grande joie des spectateurs présents qui les accompagnait par des applaudissements rythmées , qu’une musique d’Aznavour…sans parler de leur propre répértoire.
Ces trois jeunes nous ont laissé un magnifique souvenir. Ils ont tout l’avenir devant eux et nous les remercions pour la belle évasion qu’ils nous ont offerte ce soir là.

MATHLOUTHI et son groupe

Ce trio tunisien résidant en France est constitué d’Amel Mathlouthi à la guitare sèche et chanteuse du groupe ; Zayd au violon et Imad au Bendir et Derbouka (sorte de Tamtam).
Amel est l’auteur compositeur du groupe. Ils sont adeptes de la chanson engagée. Ils chantent aussi bien sur les droits de la femme ; les droits de l’homme ; l’amour ; la résistance…
Ce qui particularise ce trio c’est d’abord la voix d’Amel. Une voix qui vous donne la chaire de poule et vous pénètre au plus profond de votre corps. Ses qualités vocales assez remarquables, la sincérité de son discours, le style envoûtant voire parfois lyrique adopté, sa manière de « chanter » aussi bien avec son corps que son âme pour exprimer douleur, plaisir…, approfondissent l’envoûtement d’un spectateur dépassé par la beauté de la voix, de la musique, des lieux… Ce fut trop de belles choses pour une seule nuit.
Certains spectateurs ont comparé Amel MATHLOUTHI à Joan BEAZ, d’autres au vu de son corps, de sa voix si pénétrante, de ses gestes, n’ont nullement hésité à la qualifier d’une nouvelle Edith Piaf .Quant à nous, nous avons tout simplement vu en elle, la naissance d’une étoile, d’une grande étoile, du nom de Amel Mathlouti .
Nous nous demandons à ce jour comment une telle artiste, reste encore méconnue du grand public. Jusqu’à maintenant, seul le grand talent d’Amel l’a propulsée, là où elle est. Elle ne fait nullement partie de ce gotha d’artistes imposés au grand public.
Nous ne pouvons nullement parler d’Amel, tout en passant sous silence le professionnalisme et la virtuosité de Zayd au violon. On aurait dit qu’il jouait pour, mais surtout avec le public, comme bon lui semblait. Si Amel voulait donner un ton triste ou rageur à ses paroles, Zayd en arrière plan, préparait le public, comme dans les films. Il l’amenait là ou il voulait ; donnait un instant l’impression de vouloir l’abandonner, pour le récupérer l’instant d’après et l’amener dans un autre univers…j’allais dire sur le tapis volant d’un Fakir, car c’est le seul qui a manqué au décor ce soir là. Un soir digne des mille et une nuits.

Seul bémol et qui reste une simple goutte dans un océan de satisfaction, concerne le volet de l’acoustique, qui a été difficile à maîtriser à 100% par les techniciens, dans un tel lieu. Nous pensons à Yacine (contre basse) d’In jazz qui nous avoua en avoir beaucoup souffert au début, mais que par la suite tout était rentré dans l’ordre.

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